16.02.2007
Le pourquoi du comment
Bon, ben, je vous l’avais promis. C’est le Journal d’une trainée. Je peux vous raconter le pourquoi du comment ou pourquoi on m’appelle la traînée ici-bas. Contrairement aux idées reçues, ça ne s’improvise pas. Ca tombe pas dessus par hasard, un matin : ça se travaille. Moi je l’ai toujours un peu été, plus ou moins et maintenant plus que moins. J’ai gagné mes galons, ils décorent toutes mes vestes.
Y’a de la souffrance aussi, même pas mal, mais, je vous rassure pas la mienne. Celles des autres, les victimes. LA victime. Vous l’avez compris, ça tourne autour d’elle toute cette histoire. Elle qui se demande encore comment une fille a pu lui faire tout ça. Tout ça quoi ? Hein, tout ça quoi ? je lui ai rien fais moi…
Je la sais fébrile, dans l’attente d’un coup de fil je picole ce soir, je ne rentrerai pas et puis non, il appellera pas et il est pas rentré, il est avec moi. Loin de tout ce qui étais promis. Et pourtant, il lui a bien dit ce soir-là : il faut que je te parle, il y a un truc qu’il faut que je dise. Il y a quelqu’un d’autre. Dans ma tête en tout cas. Elle, elle a dit mon nom, il a eu l’air tout étonné. Il a dit oui c’est elle. Mais, elle savait déjà. Elle a eu beau tout faire, mais ça ne changera plus rien. Lui, alors que l’été tirait à sa fin, il a dit je rentre maintenant et on reprend notre vie. Mais je me suis pas laissée faire. Ne rien lui épargner, le mot d’ordre était clair. On a fait la totale. On l’a regardé pleurer toute la fin de sa grossesse, pleurer sur son sort de femme abandonnée. On s’y est mis à deux.
La priver d’un moment de bonheur ou d’une vie toute entière, va savoir. Accoucher dans les larmes, c’est pas ce qu’elles font toutes ? Un peu plus, un peu moins, plus douces ou plus amères, les larmes sont des larmes. Elle avait qu’à pas le faire, ce gosse, merde. J’y suis pour rien, moi.
Et puis, faire face, continuer. Elle était horrible et méchante, radine et magouilleuse. Elle est riche à millions alors que nous on a plus rien, la belle-famille la détestait, elle est pas tellement comme nous il faut dire. Comme dirait la mère, elle n’est pas bien comme toi, elle n’aime pas la campagne… Le pire, je crois, c’est qu’elle les aimait bien. Elle lui a fait dans le dos. C’est une conne, elle veut pas me filer sa place, dans son pieu, dans sa baignoire, auprès du fils dans la chambre au fond du couloir, dans sa cuisine, dans son dressing, dans ses chiottes. Je les aimais bien ses chiottes, c’est de là qu’il m’appelait, c’était d’un romantique. Elle veut de l’argent comme ceux de sa culture, alors on manipule. Il dit appelle-moi et puis le téléphone sonne et là il dit arrête, arrête immédiatement de me téléphoner et tout à l’avenant.
Elle veut du droit de visite mais pas d’hébergement. Elle a peur qu’on lui casse son gosse, franchement ? Elle veut qu’il vienne le voir mais elle veut pas que j’y touche. Elle dit la pute, jamais, elle s’occupera de mon fils. Elle dit la belle famille, même pas un coup de fil pour dire bienvenue l’enfant, je suis désolée de ce qui arrive mais il est de la famille. Et toi, du coup, un peu. Bordel qu’est-ce qu’elle attend ?
Il faut bien qu’elle paye de pas vouloir mourir. Nous on voulait que ça, en fait, qu’elle disparaisse. Mais non. Elle s’est battue. La loi était pour elle. Lui, il y est allé, sûr de son fait. Et puis il a déplu. Quitter une femme enceinte ? Non, ça ne se fait pas ou sur une autre planète, peut-être, et c’est même pas certain. La traiter comme vous faites, les insultes, les mensonges, les dissimulations de revenus, la mauvaise foi, les chantages, la manipulation, la diffamation permanente, la victimisation, il vous en coûtera tant.
Et payer pour payer. J’ai fourbi mes armes et armé ma vengeance. J’ai fait ce qu’il convient d’appeler une petite farce. J’ai envoyé à cette personne des colis commandés en son nom mais à son insu, grâce à des bons de commande tous signés de ma main. Qualifiée de « faux et usage de faux » la plaisanterie pourrait s’avérer coûteuse. Mais on est une trainée ou on en est pas une. Figurez-vous que la vilaine a perdu son temps à récupérer tous les coupons correspondants, est allé piquer des papiers écrits et signés de ma main dans mon bureau et les a fait expertiser. Le résultat est sans surprise et me voilà embarquée dans une histoire de plus. Elle commence à me fatiguer avec sa résistance, cette propension qu’elle a à jamais se laisser faire. Elle m’épuise avec ses valeurs, ses « tu ne feras pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’il te fasse ».
Moi, je suis pas comme elle. J’ai brisé une famille, soit. Pas de quoi faire un fromage, ça ne m’empêche pas de dormir. Il m’a dit on leur expliquera aux enfants quand ils seront grands. On leur expliquera quoi ? Qu’il voulait l’appeler maman et qu’on pouvait pas laisser faire ? Qu’elle a tellement pleuré en l’attendant et qu’il a pas pu faire autrement que de même pas l’attendre, avec elle ? Oui, c’est ça, ils vont comprendre…Mais je serai sûrement plus là.
Ca aurait pu s'appeler le Journal d'une idiote. Dans mon prochain billet, je vous expliquerai comment on reçoit dramatiquement mal une candidate à l’élection présidentielle quand on est con comme une chaise et qu’on ne sait rien faire.
00:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Mortel!!!!!!!!!!
rien à ajouter...
Ecrit par : Brav | 16.02.2007
Vous avez bien fait le tour de l'ignorance et de la stupidité, sans parler de la cupidité, et à mon avis, ça pourrait aussi s'appeler "Journal d'une souffrante".
On vous lit encore souvent, vous comprend tellement.
Ecrit par : Esther | 21.02.2007
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