13.04.2007

Travailler tue

medium_work3.jpgEn même temps, en ce qui me concerne, ça va pas être pour tout de suite, hein, j'ai de la marge. Mais quand même, à travers le monde, y'a plein de gens qui meurent à cause de leur travail ou à cause qu'ils n'en ont pas...J'sais plus bien et je m'en fous. Bon, mais on parle pas de ceux-là parce qu'ils sont loin et que j'vois pas vraiment ce qu'on peut faire.

En revanche, moi, j'ai décidé de pas y laisser ma peau au travail. Nan, nan, nan. Le hic, c'est que comme j'ai que des emplois fictifs mais que les emplois fictifs sont pas encore autorisés par la loi, il faut quand même que je fasse semblant un peu. Genre j'arrive à 11h30 le matin toute ébouriffée en pestant au choix contre les embouteillages, les livraisons, les crevaisons, les pénuries d'essence, les couloirs de bus, la pluie, les voitures immatriculées en province à Paris qui avancent pas, le Plan Vigipirate, les travaux pharaoniques et, last but not least : les grèves "si, si j'te jure ! Une méga grève surprise sur la ligne 18, on avait jamais vu ça depuis 1936...Elle existe pas la ligne 18 ? C'est sûrement pour ça qu'ils faisaient grève, alors ! Depuis le temps qu'ils la réclament !".

Une fois que t'es arrivée, t'as pas le choix, faut donner le change. C'est là que j'adopte la "run attitude". Facile à réaliser, cette technique consiste simplement à...courir dans les couloirs. Comprenons-nous bien, il ne s'agit pas d'aller quelque part ni de faire quelque chose, surtout pas ! Il s'agit juste d'être pressée, en retard, comme attendue, bref indispensable. Un conseil : n'oublie pas de te munir d'un dossier à la main voire de deux, sinon tu risques au mieux d'être soupçonnée d'avoir ramené une gastro qui t' oblige à aller très vite...aux toilettes ou pire d'avoir mal assimilé les 14 Vodka-pomme que tu t'es enfournées la veille.

 Evidemment, on peut pas courir comme ça toute la journée. Y'a un moment où je vais m'asseoir à mon bureau et où je me poste devant mon ordinateur. C'est à ce moment-là qu'on peut lancer un "meeeeerrrrrrddddddeeeee" bruyant et douloureux exprimant toute sa détresse à n'avoir obtenu de cette putain de machine, merveille de technologie du 21è siècle...qu'un écran noir. Et là tu lances : "Putain, le bug de l'an 2000, il fallait que ça tombe sur moi !". Tu as également l'option "mon antivirus a du se faire trucider par une attaque de trojans XY 12, j'ai lu ça dans PC Magazine, c'est très rare mais ça arrive malheureusement, j'ai rien pu faire". N'attends pas qu'on te fasse remarquer que premièrement le bug de l'an 2000, c'était en 2000 et qu'en plus, il a pas eu lieu, fais un parallèle simple et imparable : " Je te signale que ça fait au bas mot 8 ans qu'on nous annonce la grippe aviaire et qui c'est qui qui était cloué au lit toute la semaine dernière ?". N'attends pas également qu'on remarque qu'en fait, tu ne l'avais même pas allumé, au risque de passer pour ce que je suis, une demeurée de première classe.

 Après cet incident, qui pourrait malgré tout coûter sa carrière au Responsable informatique, vient assez vite l'heure du déjeuner. Alors que tu vois tous tes collègues, veste et sac en main, s'apprêter à partir déjeuner, lance simplement : "Nan, je peux pas faire la pause maintenant, j'ai un truc méga urgent à finir et puis je préfère attendre que ma glycémie tombe à 2, c'est mieux". Evidemment, personne n'osera te demander pourquoi quand ta glycémie tombe à 2, c'est mieux, de peur de se retrouver embarqué dans des explications scientifiques qui n'auraient pour effet que de les retarder. Laisse-les partir et même mieux : attends qu'ils reviennent. Ca fait businesswoman qui mange en horaires décalés et on glande deux fois plus : tu glandes pendant LEUR déjeuner et tu glandes pendant TON déjeuner.

Une fois rassasiée ET reposée, vers 15h30, tu peux alors te rendre à cette réunion hyper importante dont le sujet et l'ordre du jour t'échappent totalement. Moi, de toute façon, personne ne sait vraiment quelles sont mes fonctions exactes vu que j'ai été imposée par le président, au cabinet du Président, cabinet dont je suis la seule membre par ailleurs. Outil indispensable : le Palm. Il permet de jouer, de dessiner, d'envoyer des mails. Il suffit de le consulter en fronçant les sourcils de temps en temps avec un air surbooké. On tient deux heures, en général. N'oublie pas de le faire sonner pour une "alarme RV" pour pouvoir parti inopinément (en courant, c'est encore mieux) vers autre chose de forcément plus important.

Les collègues sont en réunion, il est 16h15, c'est le moment de partir pour clore ta journée de travail. Une astuce : "la deuxième veste". Je la laisse sur le dossier de ma chaise en fin de journée pour faire croire que je suis pas loin. Alors qu'en fait, si. Je suis loin. Loin de cette vie trépidante mais épuisante. Loin de cette frénésie libérale qui s'est emparé du monde. Loin de cette course à la productivité et de tout le stress qu'elle engendre.

Loin. Mais vivante.